Auby : un projet de méthaniseur pour exploiter les terres polluées

Publié le 8 Mars 2016

 

Auby : un projet de méthaniseur pour exploiter les terres polluées

Loin de se résigner, les agriculteurs concernés par le périmètre de Métaleurop où les cultures sont étroitement surveillées se sont organisés. Autour de l’Aubygeois Romain Vion, ils ont réfléchi à une alternative non alimentaire, pour exploiter leurs terres polluées.

R. Vion fait pousser du miscanthus, sur 10 hectares. Mais les débouchés sont rares.

R. Vion fait pousser du miscanthus, sur 10 hectares. Mais les débouchés sont rares.

Ils ne font pas étalage de leurs états d’âme et travaillent dans la discrétion, mais avec efficacité. Les exploitants qui ont rejoint l’association Agriculture et enjeu de territoire, créée en mai dernier autour de Romain Vion, veulent avant tout défendre leurs intérêts, mis à mal par les dernières directives de l’État sur l’interdiction de cultiver les terres dans le périmètre de Métaleurop (lire ci-dessous).

« La majorité d’entre nous est concernée. On cherche donc une alternative, économiquement viable », explique l’Aubygeois. Ce n’est pas un hasard s’il se retrouve à la tête du collectif : après avoir été exproprié en 2007 de 25 % de ses terres, situées dans le périmètre de la ZAC à Lauwin-Planque, il a dû renoncer par ailleurs à ensemencer 10 ha impropres aux cultures sur les 70 ha qui composent son exploitation. « J’y ai mis du miscanthus, l’herbe à éléphant, qui a la particularité de ne pas exporter les métaux lourds contenus dans le sol, et qui est utilisée pour faire de la biomasse. Mais il y a peu d’autres débouchés, en dehors du paillage pour les espaces verts », déplore Romain Vion.

Il y a un an, quand il apprend qu’une partie de ses terres restantes sera désormais sous étroite surveillance, car potentiellement trop riches en métaux lourds, l’agriculteur accuse le coup. « Je n’ai même pas pu commercialiser une partie de ma récolte, se désole-t-il, alors même qu’un complément d’analyse sur mes cultures a montré une bien meilleure conformité que celle à laquelle on pensait. »

 

Sortir la tête haute

Alors, pour se protéger de l’épée de Damoclès d’un nouveau renforcement des normes, lui comme les 35 autres agriculteurs concernés, ont décidé de réfléchir avec la chambre d’agriculture et l’État à un autre modèle. « On a fait le point sur ce qui se faisait en non alimentaire. On a pensé au lin, au chanvre, mais ce n’était pas possible, notamment en termes de rentabilité. » L’idée d’installer un méthaniseur sur des terres polluées, alimenté par des cultures poussant également sur des sols contaminés, s’est donc imposée : « Mais on ne veut pas être perdants, et sortir la tête haute », embraye l’agriculteur qui pilote avec une dizaine de ses collègues ce projet (lire ci-dessous) qu’ils aimeraient lancer fin 2016, en fonction des résultats de l’étude de faisabilité, en cours.

Il y a quelques jours, une réunion en sous-préfecture du Pas-de-Calais a permis aux agriculteurs d’évoquer ce dossier, notamment avec les élus des communes inclues dans le périmètre de Métaleurop. « On se fait force de proposition et on se casse pour trouver des solutions. Mais à part la méthanisation, il n’y a pas beaucoup d’autres options… constate Romain Vion, tout en insistant : Normalement, notre activité ne devrait pas se faire sur les terres polluées, mais sur des bonnes terres. Et les surfaces saines nous permettent de faire de la vente au détail et de faire face à nos investissements. »

Auby : un projet de méthaniseur pour exploiter les terres polluées

PUBLIÉ LE 07/03/2016

par Nathalie Labreigne

La Voix du Nord

Rédigé par Zac_Lauwin-Planque

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