Douai : plaidoyer de Richard Couaillet pour la librairie Brunet

Publié le 3 Décembre 2013

PUBLIÉ LE 02/12/2013

Alors que le sort de la librairie Chapitre-Brunet doit être scellé aujourd’hui, l’écrivain douaisien Richard Couaillet nous adresse cette « Lettre ouverte à qui voudra l’entendre… » dont nous publions ici quelques extraits.

 Richard Couaillet, écrivain et professeur douaisien.



« Je me suis installé à Douai en septembre 1995. C’est aussi à cette époque que Franck Brunet ouvrait sa librairie indépendante (…). Je ne saurais mesurer le temps passé là, seul ou en famille, à discuter, partager, feuilleter, imaginer des projets, les concrétiser, projeter vers l’avenir en espérant du présent. (…) À chaque étape, la librairie Brunet – que je ne sais nommer que dissociée des groupes qui l’ont rachetée dans la grande chaîne alimentaire d’une économie insatiable (…) –, j’y ai fait depuis 2007 mes séances de dédicaces pour les sorties de chacun de mes romans (…) » Sa fermeture « est un symptôme alarmant pour moi d’une ville fière à juste titre de son patrimoine matériel ou immatériel, mais dont la vie de centre se réduit à mesure à la fringue, au vapotage, à la téléphonie, à la restauration rapide(…). Une chose me rassure pourtant : la réaction de bon nombre de mes élèves, quand je leur ai annoncé cette fermeture. Ils ont été surpris, choqués. On reproche souvent aux adolescents de s’emballer un peu vite, de descendre dans la rue pour ne pas aller en cours ; je leur sais gré d’avoir eu dans le regard une inquiétude et une flamme aussi qui leur a donné envie de s’exclamer c’est dégueulasse, c’est une catastrophe (…).

Je sais combien le contexte est rude pour les collectivités, je sais les chantiers entrepris, les investissements ; je sais aussi qu’il y a la place à Douai pour la renaissance d’une vraie librairie indépendante (…) Si donc une volonté se manifestait pour tenter l’aventure d’un autre espace, je ne comprendrais pas que la municipalité ne l’aide pas d’une façon ou d’une autre (…). Alors que la communauté de communes – j’insiste à dessein sur « communauté » – a soutenu l’implantation d’Amazon en son sein, il serait remarquable, je trouve, que cette même communauté fasse en sorte qu’à côté du géant qui ne paie pas ses impôts en France, les soutiens s’organisent pour redonner à Douai une librairie indépendante. Cela montrerait que des valeurs peuvent résister aux logiques économiques parce qu’à suivre les inventaires de fermetures sur le plan national, comment ne pas devenir quelque peu méfiant – paranoïaque peut-être – en se disant que chapitre.com détenu par un fonds de pension américain a racheté des libraires en France pour mieux organiser leur fermeture. »

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Rédigé par Zac_Lauwin-Planque

Publié dans #Investisseurs - Emplois

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