Le PDG de la Fnac s'interroge sur le bien-fondé des aides à Amazon

Publié le 19 Décembre 2012

Mis à jour le 28.11.12 à 09h17

Le PDG de la Fnac s'interroge sur le bien-fondé des aides publiques accordées à Amazon lors de la création d'entrepôts en France, dans un entretien accordé mardi à Sipa.
 
Visé par le fisc français qui lui réclame près de 200 millions d'euros, le géant du e-commerce américain, dont le siège social réside au Luxembourg, a annoncé lundi vouloir ouvrir un entrepôt à Lauwin-Planque (Nord) en 2015. D'une superficie de 90.000 m², il devrait permettre la création de 2.500 emplois, assure Amazon dans un communiqué publié lundi.
 
Ce projet porté par un promoteur australien, Goodman, bénéficie de l'appui de Nord France investissement. L'organisme chargé de favoriser l'installation d'entreprises étrangères dans le département du Nord y travaille depuis un an et demi. "Amazon est la plus grosse annonce d'emplois à créer dans la région depuis celle de Toyota en 1997", fait valoir auprès de Sipa Yann Pittolet, son directeur général.
 

Prime d'aménagement du territoire

Dans les prochains jours, le conseil régional du Nord Pas-de-Calais étudiera l'attribution d'aides financières à Amazon. "Mais, il n'est pas certain qu'Amazon obtiendra une prime à l'aménagement du territoire, délivrée par l'État", précise M. Pittolet.

En Bourgogne, où le site américain a ouvert un entrepôt cet été à Sevrey, ville sinistrée depuis la fermeture de Kodak en 2005, Amazon y est éligible. Lundi, le conseil régional de Bourgogne et le département de Saône-et-Loire lui ont accordé une première aide de 1,125 million d'euros pour la création de 250 emplois sous contrat à durée indéterminée. "L'État pourrait abonder cette somme d'un montant de 1.000 à 2.000 euros", selon le rapport du Conseil régional de Bourgogne auquel Sipa a eu accès.

Concurrence déloyale

Ces aides à Amazon ne sont pas du goût de ses concurrents. Au premier rang desquels figure la Fnac, premier libraire de France. Alexandre Bompard, son PDG, avait déjà dénoncé la concurrence déloyale que lui livre l'américain connu pour son offre de livres. Amazon, qui ne paye pas de TVA en France, livre ses commandes sans facturer de frais à ses clients. Il contourne dès lors, sur internet, la loi sur le prix unique du livre en France.

Partout en Europe, comme aux États-Unis, l'Américain aux 48 milliards de dollars de chiffre d'affaires fait vaciller les ténors de la distribution qui ont pignon sur rue. Ici, c'est la Fnac. Outre-Manche, c'est Barnes & Nobles. A tel point qu'Alexandre Bompard s'interroge sur le processus de décision de ces aides publiques.

"En annexe de la décision de subvention, il serait fort éclairant de donner la liste des distributeurs disparus dans le monde, à cause des pratiques hégémoniques et du dumping fiscal et règlementaire habituels chez ces entreprises américaines de e-commerce", déclare le PDG de la Fnac à Sipa.

Contraintes règlementaires

D'autant que, rappelle le patron de l'enseigne aux 87 magasins en France, la Fnac est soumise à "une liste non-exhaustive de contraintes règlementaires qui fragilisent le commerce physique: fermeture le dimanche, règles d'indexation des loyers commerciaux, etc". 

La filiale de PPR dont l'activité est fragilisée par la dématérialisation du disque et du dvd doit composer désormais avec les sites internet dont Fleur Pellerin, ministre de l'Économie numérique, a salué mardi la croissance lors d'un déplacement chez vente-privée.com à Saint-Denis.

"Il faudrait aussi rappeler le poids social des enseignes de magasins physiques, leur rôle d'acteur culturel au niveau national et dans l'animation des centre-villes", alerte Alexandre Bompard. La Fnac emploie 18.000 personnes dans le monde, dont environ 14.400 en France. Son chiffre d'affaires s'est établi à 4,1 milliards d'euros en 2011.

Avec Sipa
20 Minutes

Rédigé par Zac_Lauwin-Planque

Publié dans #Investisseurs - Emplois

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